Jain_05

Le phénomène Jain

Proclamée sensation musicale de l’année, la discrète mais non moins espiègle Jain a dû apprivoiser la capitale avant de s’en emparer. Vivre Paris a rencontré cette discrète interprète qui baigne dans la musique depuis toujours. 

Dans la cage d'escalier d'un immeuble du 11e arrondissement, les journalistes se succèdent. Sur un mur, un pochoir représentant l'artiste en Shiva accueille chaleureusement le visiteur. Jain ouvre la porte et embrasse son hôte. Celle qui est présentée, et se présente elle-même, comme introvertie, se fait violence. Il reste un peu de tarte dans un plat et des canettes de coca “On est chez mes parents”, lâche Jeanne, son vrai prénom.

Sur les meubles, des dizaines de bibelots amassés de voyages en voyages, avec ses parents et ses deux sœurs, de 27 et 29 ans aujourd’hui. Elle a son propre appartement dans le 5e arrondissement de Paris, mais grâce à ces pérégrinations, elle a appris à se sentir bien partout. Chez elle, chez ses parents... Du pareil au même.

Jain_01


Ses voyages et ses débuts



“Mes parents travaillent dans une grande société pétrolière et ont souvent été mutés à l'étranger”
, raconte t-elle. Née à Toulouse, elle a grandi à Pau jusqu'à l’âge de 9 ans. Pendant deux ans, elle apprend la batterie. Avec un père qui joue de la guitare et une mère de l’accordéon, Jain ne pouvait pas passer à côté de la musique. “C’était obligatoire que nos filles en fassent, déclare son père. Seule Jain n'a pas suivi de cours musicaux académiques. Elle a préféré toucher à un instrument très vite”.

En 2001, toute la famille s'envole pour leur premier voyage à Dubaï où elle fait deux ans de percussions arabes, de la derbouka. Une première expatriation pas si simple pour la petite fille introvertie. “C'était un peu un choc”, précise t-elle. “Le premier voyage est particulier, explique Paul, son père. On quitte la famille, les amis, on change de milieu... Après on prend l'habitude de bouger ce qui fait que mes trois filles ont des fourmis dans les jambes maintenant”. Elle rencontre ensuite au Congo (sa nouvelle maison) Mr Flash, un beatmaker congolais qui fait des instrumentales pour des rappeurs à Pointe-Noire. Elle lui présente quatre morceaux guitares-voix et il en réalise les instrumentales. Il lui donne aussi des logiciels pour pouvoir s'enregistrer toute seule. L'artiste en herbe peut alors mettre ses chansons sur Myspace.

À 14 ans, Jeanne fait le choix de ne pas utiliser son prénom. Elle n'a dit à personne qu'elle composait des morceaux. Elle cherche alors un pseudo et tombe sur une phrase jaïniste une religion indienne: “Ne sois pas déçu si tu perds et ne deviens pas fier si tu gagnes”. Une phrase qui l'inspire beaucoup. Son nom sera donc “Jain”.

“Il était écrit qu'elle fasse de la musique et rien d'autre”


Sur l’ancêtre Myspace, Jain rencontre Cyril, ancien DJ, organisateur de soirées, de concert et manager pour des artistes caribéens. Il deviendra le sien quelques années. “Il était écrit qu'elle fasse de la musique et rien d'autre”, lâche t-il confiant aujourd'hui. Il lui fait rencontrer Maxim Nucci dit Yodelice et c’est là que la musique commence réellement pour Jain. Mais “à 16 ans, pour moi c'était un peu trop tôt. Mes maquettes n'étaient pas abouties”.

Après un an passé à Abu Dhabi, elle décide de faire une école d'art parisienne. Ses parents étant derrière elle, Jain sait que, peu importe le métier, son avenir est tout tracé. Elle rejoint donc ses deux sœurs qui ont déjà quitté le cocon familial depuis quelques années et se fait, comme d'habitude, de nouveaux amis et s'adapte au climat et à la vie parisienne.

Jain_03

Le vrai départ

 

À 22 ans, Jain décide de frapper de nouveau à la porte de Yodelice. Après avoir fait le tour des producteurs reconnus tels que Renaud Letang, Iso, Jay Newland, son choix se porte sur l'artiste français. “C'est le seul qui avait le mieux compris son univers musical et l'ambiance bricolage de sa musique”, raconte son manager.

Avec ses six titres réalisés entre 16 et 17 ans, et le reste entre 19 et 22 ans, Jain crée avec son réalisateur un album pop, soul, electro, folk, hip-hop et ethnique à la fois. En tous cas, un objet positif qui transpire les voyages. Il s'appelle Zanaka, « enfant» en malgache, sa mère étant métisse franco-malgache. “C'est l'album de mes voyages, de mon enfance”, explique la jeune chanteuse.

Come, le premier clip de Jain

Un personnage, un talent, une réussite

 

Avec ce premier opus, Jeanne trouve un costume à Jain. Une robe noire à col Claudine blanc inspiré du film Les enfants du paradis de Marcel Carné (1945). Le petit Baptiste joué par Jean-Pierre Belmon, y apparaît dans une tenue semblable à celui de la chanteuse. “Le visuel est quelque chose de très important pour moi. Cela construit un vrai univers”. Dans cet accoutrement, Jain devient femme-enfant mais ne s’interdit pas un futur relooking. En privé, elle arbore d’ailleurs un jean, un chemisier fleuri, et de belles chaussures blanches.

La scène et son personnage sont pour elle de vraies exutoires. La timide Jeanne se révèle être une Jain à l'humour aiguisé et à la puissance d'interprétation saisissante. “Je me suis toujours demandé comment elle faisait, s'étonne son père. Sur scène ce n'est plus la même personne”.

“Jain est la priorité internationale de Sony France”


Toujours poussée par ses parents à être la meilleure version d'elle-même, ceux-ci sont très fiers de son évolution. Disque d'or, nomination aux Victoires de la musique 2016 dans la catégorie album révélation avec Zanaka, numéro 1 sur iTunes pour le
 titre Come, la tournée du printemps sold out... Un succès fulgurant qui ne fait que commencer selon son manager. “Notre objectif c'est les Grammy Awards. Sony France est vraiment derrière Jeanne, c'est leur priorité internationale”. En attendant la timide, mais non moins espiègle Jain, continue son chemin la tête bien sur les épaules.

Martin Vienne
Photo à la Une © Jain


Jain_05
Jain en cinq dates :

 

7 février 1992 Naissance à Toulouse
1992-2015 Voyages de Pau à Abu Dhabi en passant par Dubaï et le Congo
2 juin 2015 Sortie du clip de Come
6 novembre 2015 Sortie du premier album Zanaka
12 février 2016 Nomination et prestation au Victoires de la Musique

 

Retrouvez l'article « Le Paris de Jain » dans notre magazine papier n°27.

 

Partager sur :